Le Voyage d’hiver : Un roman qui laisse de glace

Le Voyage d’hiver : Un roman qui laisse de glace

« Il n’y a pas d’échec amoureux. » C’est ainsi que l’auteure Amélie Nothomb résume l’histoire de son roman Le Voyage d’hiver, publié en 2009, mettant en scène Zoïle, le principal protagoniste de ce récit (Son nom étant inspiré d’un des critiques d’Homère). Ce dernier, dès la première page, nous annonce qu’il fera exploser l’avion dans lequel il embarquera dans les heures qui suivent. Les raisons de son acte nous sont dévoilées tout au cours de l’histoire, alors qu’il se remémore sa vie. Ses mémoires tourneront majoritairement autour d’une histoire d’amour insatisfaisante et glaciale, l’élément le plus déterminant du plan terroriste de Zoïle. L’histoire d’amour débute alors que celui-ci décrit son métier comme étant d’«apporter, à ceux qui viennent d’emménager, des solutions énergétiques qu’ils n’ont pas demandées.» Il travaille pour une compagnie européenne, l’EDF (Électricité de France). C’est lorsqu’il sera en fonction qu’il rencontrera son destin, dans un petit appartement modeste et froid (le  froid étant un élément important de ce roman). Deux jeunes femmes se trouvent sous ses yeux : Astrolabe, qui est belle, vive et enthousiaste et Aliénor, atteinte du syndrome de Preux (une sorte d’«autisme gentil»). On l’avait informé qu’une écrivaine habitait à cette adresse et il crut naturellement qu’Astrolabe était l’écrivaine. Au fil du temps, il découvrira que  c’est plutôt Aliénor qui l’est, elle qui pourtant, n’a rien en apparence d’une auteure. Il construira une relation plutôt spéciale avec Astrolabe, qui acceptera les visites et les amitiés de Zoïle à la condition qu’il accepte qu’Aliénor soit omniprésente. Amoureux d’Astrolabe, il accepte de faire ce compromis, mais il nourrit un sentiment de frustration en lui. Son amour pour la jeune femme ne va qu’à un sens. La femme ne lui fait pas part de sentiments aussi chaleureux et profonds à son égard. Il tentera alors un trip de champignons magiques avec les deux femmes, qui, au moment d’ingurgiter cette substance toxique, ne sont pas conscientes de ce qu’elles avalent. Un voyage intérieur commence alors et Zoïle espère que la femme qu’il aime voudra bien tenter les plaisirs charnels en sa compagnie. Cela sera voué à l’échec et la frustration de cet homme le mènera à élaborer un plan afin de faire exploser un avion dans la tour Eiffel. Celle-ci représentant la lettre A, elle devient pour Zoïle le symbole de son amour envers Astrolabe.

C’est ici le 18e livre d’Amélie Nothomb en 18 ans. Son titre, Le Voyage d’hiver, s’inspire d’une pièce de Schubert, Voyage d’hiver. Dans cette pièce musicale, Schubert partage sa solitude extrême, son mal de vivre, la froideur hivernale qui emprisonne son esprit, d’où naîtra son désespoir absolu. On peut croire que la personnalité plutôt sombre du héros du dernier roman de Nothomb a été en majeur partie créé selon la pièce de Schubert. Son désespoir est tellement profond et ancré en lui qu’il est prêt à mettre fin à la vie d’une centaine de personnes en même temps que la sienne. Il devient donc, comme dans la plupart des romans de Nothomb, un anti-héros. Cependant, on peut se demander si l’amour peut réellement amener quelqu’un sain d’esprit à commettre un tel acte ? Pour cela, l’hypothèse que Zoïle soit fou devient presque une évidence. D’ailleurs, ce roman est constitué presqu’entièrement d’éléments et d’événements absurdes et loufoques, une marque de Nothomb dit-on souvent. Bien qu’à première vue, on pourrait considérer ces éléments comme de l’impertinence de la part de l’écrivaine, en allant plus loin qu’une lecture à la surface, on peut trouver plusieurs symboles que présentent certains passages du roman. En fait, le roman en entier est rempli de symboles. Amélie Nothomb y va souvent ainsi sinon toujours, priorisant le symbolisme de ses écrits à l’histoire racontée. De cette manière, elle peut aussi déployer toute sa culture générale en faisant beaucoup de références subtiles dans ce qu’elle écrit. Malheureusement, elle en fait peut-être un peu trop. Elle devrait utiliser son talent pour offrir aux lecteurs un roman à la fois symbolique ainsi que divertissant et intéressant à lire, puisque Le voyage d’hiver n’arrive pas à satisfaire les deux. Pour pouvoir apprécier un minimum ce roman à sa juste valeur, il faut entreprendre une analyse profonde et réfléchie sur ce que Nothomb a voulu dire ou insinuer dans ce qu’elle nous présente. Autrement, l’histoire est fade, et ce, pour deux raisons : l’histoire et les protagonistes. Pour ce qui est de l’histoire, la référence aux attentats du 11 septembre 2001 est très évidente (dès les premières pages on en parle). Cela fait neuf ans qu’on en parle, tout a été dit. Il aurait donc été intéressant d’exploiter un autre sujet que celui-ci. De plus, le personnage de Zoïle n’arrive pas à rendre crédible cet acte. On ne réussit pas à capter le profond désespoir qui l’habite. On peut lire qu’il est fou, qu’il est au bord du gouffre, mais on ne le sent pas. Ajoutant le manque de crédibilité à une histoire pauvre en intrigues (aussi pauvre que la fin, qui est prévisible), on aimerait pouvoir apprécier au moins les personnages! Il est vrai qu’ils sont originaux et intéressants, mais ça n’a pas été développé. Le manque d’élaboration sur ceux-ci ne nous amène guère à s’attacher à eux, ni même à ce qui leur arrive. On ne connait rien à leur histoire en dehors de celle qui nous est racontée : on sait peu de choses sur leur vie, leurs ambitions, leurs qualités et leurs défauts, etc. Ces personnages semblent être des pions à qui on a donné des noms. Mais, encore une fois, si on cherche plus loin que la simple lecture de ce roman, on peut apprendre qu’ Amélie Nothomb fait référence à elle-même avec le personnage d’Aliénor, l’écrivaine aliénée.   Nothomb en parle en employant les mots «neuneu», «débile», «l’anormale», «demeurée». Est-il raisonnable d’employer de tels mots à l’égard d’une personne atteinte de maladie mentale ? Non, évidemment. Mais lorsqu’on sait qu’elle parle d’elle-même, cela devient curieusement plus acceptable. Peut-être se considère-t-elle ainsi à cause de la folie qui l’habite ? On voit dans son écriture un humour bien à elle, drôle et fou. Elle se considère peut-être folle et dérangée. Quelque chose est sûr, Nothomb aime surprendre par son écriture très imagée et son humour fou et calculé. Car oui, on voit très bien le calcul dans chaque parole écrite, et c’est aussi quelque chose qui peut devenir agaçant à la longue, le fait que tout soit calculé.

Voilà une histoire qui a du potentiel, mais qui mériterait une plus grande élaboration. Même en analysant bien ce qui se cache dans ce roman et la symbolique de certains éléments, je crains que ce roman n’aurait pas été publié s’il avait été proposé par un nouvel auteur. Heureusement pour Nothomb, sa popularité est bien établie et cela lui permet de faire plusieurs essais, aussi audacieux qu’ils peuvent être.  Il est bien écrit, assurément, là en est sa force. Mais bien que peu de choses semblent être laissées au hasard, l’histoire est peu captivante. Un roman de Nothomb intéressant après analyse, mais qui ne passera sûrement pas à l’histoire et sera vite oublié…

 

Une réflexion au sujet de « Le Voyage d’hiver : Un roman qui laisse de glace »

  1. à travers le roman, le Voyage d’hiver, le héros est bien Zoile mais en quoi il y a une évolution de ce personnage ?

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